La Normandie, des élevages en constante mutation

Dermatose nodulaire contagieuse, accords commerciaux du Mercosur, grippe aviaire, baisse du prix du lait, peste porcine, tuberculose bovine… les sujets d’inquiétudes – sanitaires ou économiques – concernant l’élevage ne manquent pas ! Et s’ils mobilisent autant l’actualité, c’est parce que l’élevage touche tous les citoyens. Au-delà des inquiétudes légitimes d’une profession souvent mal comprise étant donné la distance entre l’acte de production et l’acte de consommation, les élevages normands, dans leur diversité, sont à l’honneur dans ce numéro d’Études normandes.

L’élevage est une activité emblématique de l’agriculture normande. Personne ne peut le contester et ce numéro a l’ambition d’en montrer quelques lignes de force. Au moment où de nombreux éleveurs manifestent leur mécontentement face à des décisions politiques nationales et internationales dont les effets attendus peuvent fragiliser encore davantage leur activité, les contributions qui suivent ne s’inscrivent pas dans l’actualité immédiate mais émanent de travaux de recherche en cours.

Après un retour historique sur les pôles herbagers, des repères statistiques fixent les points forts des élevages dont la géographie dessine toujours davantage des espaces de spécialisation. L’élevage bovin y tient une bonne place tant il est un marqueur fort de l’espace régional. Sa présence, révélée par la combinaison des usages du sol, reflète un des éléments clés des mutations paysagères : la réduction des prairies permanentes au profit de l’essor du maïs fourrager, des céréales et oléoprotéagineux et son cortège de bouleversements paysagers : la disparition des haies et des vergers hautes tiges.

D’autres transformations, comme le renouvellement du bâti agricole, traduisent une caractéristique partagée par tous les types d’élevages : l’agrandissement des troupeaux inhérent à la concentration des structures de production dont on ne voit pas encore la fin. Dans cette dynamique, la course à l’investissement s’accélère : elle prend des formes diverses, comme la robotisation de la traite ou l’énergisation des élevages. D’autres s’en éloignent en changeant de modèle mais subissent aussi la crise dans un contexte où le prix des denrées alimentaires est comparé avec n’importe quel bien de consommation.

Certains élevages, dont le poids économique et les évolutions ne sont pas moins spectaculaires, confortent leurs espaces de prédilection (chevaux) tandis que d’autres dessinent une géographie qui n’a plus rien à voir avec celle des années 1970 (porcs, moutons, volailles).

Enfin, au-delà des productions, les éleveurs d’aujourd’hui, qui ne partagent pas tous la même façon de produire, présentent des points de convergence : sur le dérèglement climatique comme pour le renouvellement de la profession, l’élevage a besoin d’un nouveau souffle.

Philippe MADELINE, professeur de géographie,
UMR ESO, pôle rural MRSH, université de Caen-Normandie

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