« Qu’est-ce qu’être normand ? »

L’identité normande, une originalité dans le paysage régional français

« Qu’est-ce qu’être normand ? », ou encore « La Normandie existe-t-elle ? », si l’on devait reprendre le titre du dernier grand colloque d’historiens à s’être penché sur le sujet en 2019. Ainsi s’avance-t-on prudemment sur le chemin de l’identité régionale, alors que la culture française reste dominée par l’universalisme et la centralité parisienne. Mais derrière le fameux « ptêt ben qu’oui, ptêt ben qu’non » des Normands, il s’agit aussi d’assumer moins une évidence qu’un paradoxe.

Alors que rayonne la notoriété mondiale de la Normandie, si l’on devait comparer l’identité normande à d’autres identités qui, en France, ne font pas mystère de ce qu’elles sont, la fierté régionale qui en procède pourrait sembler faible voire inexistante.

C’est, peut-être, que l’identité normande repose moins sur une communauté qui idéalise une origine selon l’habituel « kit identitaire » que sur l’expérience que chacun pourra vivre selon ses affinités : être normand résulte moins d’une allégeance que d’un choix libre et lucide du cœur et de la raison car l’identité normande, dans une région de haute tradition d’érudition historique et littéraire, procède des « études normandes ». C’est une tout autre façon d’envisager l’identité régionale, à l’inverse du communautarisme breton par exemple. L’identité normande est donc différente sinon originale. De là à dire qu’elle n’existe pas…

Dans une France en crise identitaire profonde, la Normandie réunifiée est, depuis dix ans, la seule « région-province » sur la carte. Avec la réunification, la fierté régionale est de retour, mais pour qu’elle soit manifestée au mieux, il est nécessaire de prendre davantage conscience de la qualité exceptionnelle du bien public normand qui autorise le partage d’une identité régionale « non identitaire », positive, authentique et ouverte sur l’universel.

L’évidence de l’unité régionale n’empêche pas, bien au contraire, des variations infinies et une certaine dualité symbolisée par la rippleure, ce joli mot normand qui nomme cette pluie fine ironiquement jetée à la face du soleil. Il en est de même de l’identité normande variant sans cesse depuis plus de onze siècles, entre quête des origines scandinaves et affirmations politiques, juridiques, culturelles ou spirituelles, en proposant, par le droit et la liberté, une manière normande d’être au monde. C’est donc avec plaisir que nous vous invitons à la (re)découvrir à la lecture de ce dossier.

Philippe CLÉRIS, enseignant, membre de la Société des antiquaires de Normandie,
animateur du séminaire « Normandie » de l’université populaire de Caen

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